Pendant que le sang coule dans les rues, Alix Didier Fils-Aimé allume un cierge au Vatican
Le 9 mai 2026, pendant qu’en Haïti des familles entières fuient leurs quartiers sous les balles des gangs, que des corps sont brûlés vifs et que le bilan humain s’alourdit chaque jour davantage, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, seul haut dignitaire à la tête de l’État haïtien, participait à une messe pour la paix à la Basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome, en présence du Cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint-Siège.
La primature parle d’« efforts diplomatiques, spirituels et institutionnels ». Une formule élégante pour décrire une réalité qui, elle, l’est beaucoup moins.
Quand la prière remplace l’action
La Police Nationale d’Haïti est présente. Le Conseil Présidentiel de Sécurité est en place. Les Kényans ont quitté le sol haïtien fin avril 2026 après 18 mois d’une mission jugée insuffisante. Aujourd’hui, c’est la Force de Répression des Gangs (FRG), menée par le Tchad et supervisée par l’ONU, qui prend le relais. Des mercenaires opèrent également sous contrat sur le territoire. La communauté internationale observe, finance et déclare. Et pourtant, les gangs avancent. Les quartiers tombent. Les citoyens meurent.
Alors on est en droit de poser la question : à quoi sert une messe de plus ?

Le symbole contre le réel
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la foi ou la dimension spirituelle de cette démarche. La prière a sa place dans toute société. Mais lorsque le seul dirigeant d’un pays en crise se retrouve à des milliers de kilomètres de son peuple pour allumer un cierge devant des cardinaux et des diplomates, le symbole devient problématique.
Car pendant ce temps, ce ne sont pas des prières que réclament les habitants de Port-au-Prince, de Kenscoff ou de l’Artibonite. Ce sont des résultats. De la sécurité. Du pain. Et la certitude de pouvoir rentrer chez eux sans risquer leur vie.
Une diplomatie de façade ?
La primature présente ce voyage comme une initiative visant à « mobiliser la communauté internationale ». Mais la communauté internationale est déjà mobilisée depuis des années. Elle finance, elle vote des résolutions, elle envoie des forces. Le problème n’est pas le manque de mobilisation internationale. Le problème est l’absence de stratégie claire, cohérente et efficace pour en traduire les efforts en paix réelle sur le terrain.
Haïti n’a pas besoin d’une messe de plus à Rome. Elle a besoin d’un gouvernement qui gouverne, d’une sécurité qui sécurise et d’une volonté politique qui se mesure non pas en communiqués de presse bien rédigés, mais en vies sauvées et en quartiers libérés.
La paix ne descend pas du ciel par décret divin. Elle se construit, pied à pied, dans les rues de ce pays meurtri.
Et ça, aucune basilique ne peut le faire à la place des hommes qui en ont la responsabilité.
Roche Magazine




