États-Unis : un nouveau suspect inculpé dans le dossier de l’assassinat de Jovenel Moïse

 

Un homme de Pembroke Pines, en Floride, rejoint la longue liste des personnes poursuivies dans l’affaire du meurtre de l’ancien président haïtien, alors que le procès du pasteur Christian Emmanuel Sanon s’ouvre le 28 septembre.

Les procureurs fédéraux américains ont ajouté un nouveau nom à la liste déjà longue des personnes inculpées dans le dossier de l’assassinat de l’ancien président haïtien Jovenel Moïse, survenu le 7 juillet 2021 à Pèlerin, dans les hauteurs de Port au Prince.

Qui est Rafael Guerrero 

 

Rafael Guerrero, résident de Pembroke Pines, en Floride, apparaît dans les documents judiciaires comme l’une des personnes ayant assisté à plusieurs réunions préparatoires à l’assassinat.

Selon l’acte d’accusation, quelques mois avant le meurtre, Guerrero a servi de témoin lorsque Walter Veintemilla, un courtier en prêts hypothécaires de la région de Broward, a signé une ligne de crédit de 175 000 dollars destinée à une entreprise de sécurité basée dans la zone de Doral. Cet argent a servi à financer le soutien apporté à Christian Emmanuel Sanon, pasteur haïtiano américain qui espérait remplacer Jovenel Moïse à la présidence d’Haïti.

Les procureurs affirment que, quelques jours plus tard, Guerrero a pris part à une première réunion au cours de laquelle les participants ont discuté d’un plan visant à renverser par la force le gouvernement de Jovenel Moïse et à installer Sanon au pouvoir. Il aurait ensuite participé à d’autres rencontres consacrées à l’achat d’armes et de munitions, ainsi qu’à l’envoi illégal de gilets pare balles en Haïti destinés aux anciens militaires colombiens recrutés pour l’opération.

Selon l’accusation, Guerrero aurait également aidé Veintemilla à faire le suivi des sommes dépensées pour financer l’opération. Environ un mois avant l’assassinat, près de vingt gilets pare balles auraient ainsi été expédiés illégalement de la Floride vers Haïti pour les Colombiens.

Après l’assassinat, Guerrero aurait pris part à une nouvelle réunion, le jour même du 7 juillet 2021, avec Veintemilla, Arcángel Pretel Ortiz, Jacob Israel et d’autres personnes, pour discuter des moyens de dissimuler leur implication dans l’opération.

Guerrero a comparu devant un tribunal fédéral de Miami et a plaidé non coupable. Il a été remis en liberté sous une caution personnelle de 150 000 dollars. Il est poursuivi pour complot en vue de commettre des actes contre les États Unis, en violation de la loi américaine sur la neutralité, une infraction qui peut entraîner jusqu’à cinq ans de prison.

Le plan qui a basculé

 

D’après les documents judiciaires, le projet initial des conspirateurs a évolué avec le temps. À un certain moment, le groupe aurait commencé à se distancer de Sanon et envisagé de porter au pouvoir la juge haïtienne Windelle Coq Thélot en remplacement de Jovenel Moïse. Cette dernière n’a jamais été inculpée par la justice américaine. Elle est morte en janvier 2025, après avoir passé près de quatre ans en fuite en Haïti.

Jusqu’à présent, ni les autorités haïtiennes ni les autorités américaines n’ont réussi à établir de façon définitive qui a donné l’ordre d’assassiner Jovenel Moïse, ni qui se trouvait réellement à la tête de l’ensemble de l’opération.

Le procès de Christian Sanon s’ouvre le 28 septembre 

 

L’affaire Guerrero survient à un moment charnière du dossier. Christian Emmanuel Sanon, 67 ans, doit être jugé devant un jury fédéral à Miami à partir du 28 septembre 2026, devant la juge Jacqueline Becerra. Le procès, qui est celui du dernier accusé encore détenu aux États Unis dans ce dossier, devrait durer entre six et huit semaines.

Sanon avait initialement été poursuivi pour des chefs d’accusation moins graves, liés à l’exportation illégale de gilets pare balles vers Haïti et à une violation de la loi sur la neutralité. Les procureurs fédéraux ont depuis élargi les charges contre lui pour y inclure le complot d’enlèvement et de meurtre, des accusations passibles de la prison à vie, les mêmes que celles retenues contre ses coaccusés.

Ses avocats, Zeljka Bozanic et Humberto Dominguez, entendent plaider son innocence. Leur stratégie devrait consister à démontrer que, à mesure que le complot évoluait et que Sanon perdait le soutien populaire escompté, les dirigeants de l’entreprise de sécurité Counter Terrorist Unit, CTU, l’auraient progressivement mis à l’écart des décisions.

L’accusation, elle, a réuni une liste de 57 témoins, dont des analystes du FBI ayant passé au crible environ 8 000 gigaoctets de données provenant de plus d’une centaine d’appareils saisis en Haïti, en Colombie et aux États Unis. L’ex première dame Martine Moïse, blessée lors de l’attaque, devrait de nouveau témoigner pour l’accusation, comme elle l’avait fait lors du procès de ses coaccusés en mars dernier.

Quatre coaccusés déjà condamnés

 

En mai 2026, un jury fédéral de Miami a déclaré coupables quatre autres hommes du sud de la Floride pour leur rôle dans le complot visant à enlever ou tuer Jovenel Moïse : Arcángel Pretel Ortiz et Antonio « Tony » Intriago, propriétaires des entreprises de sécurité Counter Terrorist Federal Academy et Counter Terrorist Unit Security, basées à Doral ; James Solages, qui travaillait pour CTU ; et Walter Veintemilla, le financier du complot.

Ces quatre hommes, reconnus coupables à l’issue d’un procès de 42 jours, encourent la prison à vie. Leur condamnation a été reportée à février, probablement pour ne pas interférer avec le procès de Sanon.

Au total, onze personnes ont été extradées vers les États Unis dans ce dossier. Six d’entre elles ont plaidé coupable et coopèrent avec la justice fédérale, dont cinq qui ont déjà reçu une peine de prison à vie en espérant la voir réduite en échange de leur collaboration.

Parmi les témoins clés attendus au procès de Sanon figure Joseph Vincent, ancien informateur de la DEA condamné à la prison à vie, qui affirme avoir assisté à des réunions stratégiques avant l’assassinat. Frederick Bergmann Jr., ami et associé de Sanon condamné à neuf ans de prison pour avoir aidé à faire passer clandestinement les gilets pare balles vers Haïti, doit également témoigner. Selon l’accusation, il expliquera avoir agi alors qu’il était financièrement acculé et cherchait à récupérer les sommes déjà investies auprès de Sanon.

Deux autres personnes, Keegan Harricharan et Jacob Israel, ont par ailleurs plaidé coupable en mars pour un stratagème de blanchiment d’argent lié à l’affaire. Les deux hommes ont détourné des fonds d’un programme de prêts fédéraux liés à la pandémie de COVID 19, avant d’en transférer une partie à Veintemilla pour financer le complot. Harricharan a été condamné à 20 ans de prison en juillet. Israel doit être condamné en décembre.

Selon les enquêteurs, l’ensemble de l’opération de kidnapping puis d’assassinat aurait coûté environ 343 000 dollars, financés par un montage de prêts, de cartes de crédit, de virements bancaires et de fonds publics détournés.

Le rôle trouble de Joseph Félix Badio

 

Au fil des procès, un nom revient sans cesse sans jamais apparaître formellement sur la liste des accusés américains : celui de Joseph Félix Badio, ancien responsable du ministère de la Justice haïtien.

Selon les témoignages recueillis lors du procès des quatre coaccusés, notamment celui de l’ex soldat colombien Germán Alejandro Rivera García, présent au domicile du président la nuit du meurtre, Badio aurait joué un rôle central : armement des Colombiens, repérage de la résidence présidentielle et feu vert final pour l’attaque.

Arrêté en Haïti, il a été inculpé dans le dossier haïtien, mais n’a jamais été ajouté comme accusé dans le dossier américain.

Sources : Miami Herald ; The Associated Press ; documents judiciaires fédéraux du district Sud de la Floride.

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