Inde : une mère poignarde sa fille pour avoir menti sur ses résultats d’examen — le drame d’une société obsédée par la réussite

 

Le 11 avril 2024, un drame familial survenu à Bengaluru, dans le sud de l’Inde, a choqué tout le pays. Bhimaneni Padmini Rani, une veuve de 59 ans, a été condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tué sa fille unique, Sahiti Shivapriya, âgée de 17 ans. Le mobile du meurtre ? Un mensonge sur les résultats scolaires de la jeune fille.

Mensonge, colère… puis l’irréparable

Sahiti avait affirmé à sa mère qu’elle avait obtenu 95 % de réussite à ses examens de deuxième année du Pre-University Course (PUC), l’équivalent des A-levels britanniques. Elle laissait entendre qu’elle était sur le point d’être admise dans une université américaine. Or, la réalité était tout autre : l’adolescente avait échoué dans cinq matières.

Lorsque la mère découvre la vérité, la déception cède rapidement à la colère. Une dispute éclate. Dans un moment d’extrême violence, Rani s’empare de deux couteaux de cuisine et poignarde sa fille à plusieurs reprises, jusqu’à ce que mort s’ensuive. Elle tente ensuite de se suicider, sans succès, et sera hospitalisée puis arrêtée. Le tribunal l’a condamnée à la prison à vie.

La pression scolaire : une bombe à retardement en Inde

Ce drame tragique dépasse le simple cadre d’un fait divers. Il expose crûment l’obsession de la réussite académique dans une société indienne où l’échec est souvent vécu comme une honte insupportable, non seulement pour l’étudiant, mais aussi pour toute la famille. Les parents projettent leurs rêves sur leurs enfants, parfois au prix de leur santé mentale et de leur bien-être.

En 2021, plus de 13 000 étudiants se sont suicidés en Inde, soit 7,6 % des suicides enregistrés cette année-là. Derrière ces chiffres se cache une société hautement compétitive, où l’éducation est perçue comme le seul moyen d’ascension sociale, et où les enfants sont poussés dès leur plus jeune âge à exceller, parfois au détriment de leur équilibre psychologique.

Une tragédie révélatrice de blessures plus profondes

Le cas de Bhimaneni Rani révèle aussi une autre facette du drame : le poids du regard social et du statut. Mère célibataire, elle s’était vantée publiquement des résultats de sa fille et de son admission supposée à l’étranger. En découvrant la vérité, c’est toute une image qu’elle avait construite qui s’écroule. Dans une société marquée par l’honneur familial, le mensonge de sa fille fut perçu comme une humiliation insupportable.

Mais peut-on justifier l’irréparable par la pression sociale ? Ce drame montre surtout l’urgence de remettre en question les normes éducatives, les attentes irréalistes et la stigmatisation de l’échec qui gangrènent encore de nombreuses sociétés. Le cas de Sahiti n’est pas isolé, il est le symptôme d’un mal plus profond.

Roche Magazine

 

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