PORT-AU-PRINCE – Dans un mouvement qui suscite de vifs débats, Erik Prince, fondateur de la société militaire privée Blackwater et proche allié de Donald Trump, affirme avoir conclu un contrat de dix ans avec le gouvernement haïtien. Son entreprise, Vectus Global, se donne pour mission de démanteler les réseaux criminels avant de réorganiser le système de collecte des recettes douanières au poste frontalier avec la République dominicaine.
Sécuriser les axes stratégiques… en un an ?
Prince assure que, si les conditions sont réunies, son équipe pourra sécuriser les principales routes du pays, notamment la liaison entre Port-au-Prince et Cap-Haïtien, en environ un an. Un objectif ambitieux dans un contexte où les groupes armés gardent le contrôle de vastes zones du territoire.
Des moyens impressionnants mais controversés
Déployée depuis mars 2025, l’opération mobilise drones, hélicoptères, bateaux, plusieurs centaines de combattants formés à l’étranger, ainsi que des tireurs d’élite et des experts en renseignement. Ce dispositif privé, inédit par son ampleur en Haïti, provoque des interrogations et des inquiétudes :
- Absence de contrôle public : un acteur privé au cœur d’enjeux de sécurité nationale remet en cause la légitimité des institutions.
- Risques pour les droits humains : les antécédents de Blackwater soulèvent des craintes sur d’éventuelles dérives.
- Affaiblissement de l’État : déléguer la collecte fiscale à une entité privée risque d’éroder davantage l’autorité étatique.
Une crise sécuritaire sans précédent
Cette annonce intervient alors que le pays traverse une crise sécuritaire majeure. Selon un rapport des Nations Unies, plus de 1 500 personnes ont été tuées entre avril et juin 2025 dans des violences liées aux gangs. La mission multinationale de sécurité, déployée depuis 2024, peine à stabiliser la situation malgré le soutien de plusieurs pays.
Une souveraineté en question
Le gouvernement américain affirme ne jouer aucun rôle dans cette opération, mais pour de nombreux observateurs, ce contrat marque un tournant : face à l’incapacité des institutions haïtiennes à restaurer l’ordre, l’État choisit de s’appuyer sur une force privée, au risque de céder une partie de sa souveraineté.
Au final, cette décision ouvre un débat crucial : en confiant la sécurité et la collecte fiscale à un acteur privé étranger, cherchons-nous vraiment à résoudre la crise ou créons-nous une nouvelle dépendance ? Et surtout, cette stratégie pourra-t-elle réellement ramener la paix et la stabilité qu’attendent les Haïtiens depuis si longtemps ?
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