Fin du programme HOPE/HELP : Haïti perd son dernier souffle industriel

 

Haïti vient de subir un coup dur : le programme commercial HOPE/HELP, qui permettait depuis près de 20 ans d’exporter des vêtements vers les États-Unis sans payer de droits de douane, a expiré. Une décision lourde de conséquences qui menace des dizaines de milliers d’emplois et laisse planer un avenir incertain sur l’industrie textile, dernier moteur industriel du pays.

Un pilier économique qui s’effondre

Le secteur textile haïtien représentait plus de 90 % des exportations manufacturières du pays. Grâce aux facilités offertes par HOPE/HELP, des usines établies notamment dans le parc industriel de Caracol avaient attiré de grands donneurs d’ordre américains comme Hanes, Calvin Klein, Gap ou Victoria’s Secret.

Au plus fort de son activité, ce secteur faisait vivre directement et indirectement plus de 50 000 personnes. Aujourd’hui, sans le programme préférentiel, ces emplois se retrouvent menacés car les produits haïtiens deviennent moins compétitifs face aux pays asiatiques.

Des milliers de familles en danger

Derrière les chiffres se cachent des réalités sociales. Dans une économie déjà fragilisée par l’inflation et l’insécurité, la perte de ces emplois équivaut à une catastrophe humaine. Des milliers de familles, dont le revenu dépend exclusivement du salaire d’une ouvrière de factory, risquent de se retrouver sans ressources.

« Sa vle di pa gen manje sou tab la, pa gen lajan pou lekòl pitit yo, e pi gwo enkyetid la, se ke jèn yo ap vin pi fasil pou gang yo atire », confie un travailleur du parc industriel de Caracol.

Un vide que les gangs pourraient combler

La fermeture progressive des usines risque de renforcer un phénomène déjà alarmant : le recrutement massif des gangs. Dans un pays où l’État peine à contrôler certaines zones, la disparition d’emplois formels pourrait pousser des centaines, voire des milliers de jeunes à chercher refuge et survie dans l’économie criminelle.

« Yon moun ki grangou, ki san djòb, ki san espwa, fasil pou yo tonbe nan men gang », avertit un économiste haïtien.

Les États-Unis et la responsabilité partagée

Du côté américain, plusieurs associations industrielles et certains parlementaires avaient plaidé pour le renouvellement de HOPE/HELP, soulignant l’importance du programme non seulement pour Haïti mais aussi pour la chaîne d’approvisionnement américaine. Mais jusqu’ici, le Congrès n’a pas prolongé l’accord.

La fin de cette coopération commerciale sonne comme un abandon pour Haïti, dans un contexte où les « grands » fixent les règles du jeu économique mondial, pendant que les plus faibles en paient le prix.

Quel avenir pour l’industrie textile haïtienne ?

Sans un geste urgent de Washington ou une alternative locale, le pays risque de voir disparaître son dernier poumon industriel. Pour beaucoup, ce n’est pas seulement la fin d’un programme commercial, mais la disparition d’un espoir collectif.

Aujourd’hui, des milliers de travailleurs haïtiens attendent une réponse : qui prendra leur défense dans un moment où les grandes puissances dictent leurs lois, et où les gangs pourraient s’imposer comme les seuls « employeurs » disponibles ?

Roche magazine

 

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