Le 17 octobre marque une date cruciale dans l’histoire d’Haïti : l’anniversaire de la mort de Jean-Jacques Dessalines, l’un des pères fondateurs de la nation et premier empereur d’Haïti. Assassiné en 1806, Dessalines demeure une figure centrale dans la lutte pour l’indépendance, incarnant à la fois la bravoure et la quête d’une Haïti libre et souveraine. Pourtant, en ce 17 octobre 2024, l’esprit de Dessalines semble plus que jamais distant de la réalité actuelle du pays, plongé dans une crise multidimensionnelle.
Une célébration sous le signe de l’incertitude
Une année de plus, la commémoration de la mort de Dessalines se déroule dans un climat d’insécurité. Dans les environs du Champ de Mars, où les autorités étaient présentes pour l’occasion, des tirs ont retenti, tandis que plusieurs autres zones de la capitale se sont réveillées au son des cartouches. La commémoration se déroule cette année dans un climat marqué par l’insécurité grandissante, la paralysie politique et une situation économique précaire. Les autorités peinent à garantir la sécurité des citoyens, notamment dans les zones urbaines où les gangs armés exercent un contrôle quasi absolu. Ce contexte de violence et de peur contraste violemment avec les idéaux de Dessalines, qui avait rêvé d’un pays où chaque Haïtien pourrait vivre libre et en paix.
Le laxisme des dirigeants accentue la crise, alors que ces derniers semblent impuissants ou indifférents face à la détérioration de la sécurité nationale. Au lieu d’engager des démarches concrètes pour contrecarrer les bandits et restaurer la sécurité, les autorités préfèrent entrer en guerre pour des questions internes telles que le remaniement ministériel. Les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) et d’autres conseillers politiques se disputent chaque jour la tête d’un ministre, ignorant la souffrance du peuple. Pendant ce temps, la population meurt, subit l’insécurité croissante, et se voit contrainte de quitter ses foyers pour échapper aux attaques de gangs qui envahissent de nouvelles zones chaque jour. La situation est de plus en plus compliquée, et le peuple, désabusé, se demande où est passée l’autorité capable de le protéger.
L’héritage de Dessalines face à la réalité actuelle
Jean-Jacques Dessalines a lutté pour une Haïti où les descendants d’esclaves pourraient vivre avec dignité et souveraineté. Or, aujourd’hui, les Haïtiens sont confrontés à une pauvreté chronique, exacerbée par une inflation galopante, un manque de services de base, et une insécurité alimentaire qui menace des millions de vies. Pour beaucoup, la date du 17 octobre, loin d’être une simple commémoration, est devenue un moment de réflexion sur les échecs répétés des gouvernements successifs à honorer cet héritage.
Dessalines prônait une indépendance totale et refusait toute forme de soumission à des puissances étrangères. Aujourd’hui, Haïti se trouve dans une position où sa souveraineté est remise en question, en raison de la dépendance aux aides internationales et de la pression des institutions financières mondiales. Cette situation nourrit le sentiment de trahison face à l’esprit de Dessalines, qui, en 1804, avait refusé de plier face aux grandes puissances coloniales de l’époque.
Un appel au renouveau ?
Alors que le pays se trouve à la croisée des chemins, la figure de Dessalines pourrait servir d’inspiration pour un nouveau départ. Le 17 octobre pourrait être non seulement un jour de commémoration, mais également une opportunité pour les leaders politiques, la société civile et le peuple haïtien de se réapproprier les valeurs de Dessalines. Dans cette optique, la justice sociale, la lutte contre la corruption et la protection des droits humains doivent être placées au cœur des priorités pour redonner un sens à cette souveraineté pour laquelle Dessalines a tant sacrifié.
Cependant, le chemin vers un tel renouveau est semé d’embûches. La crise politique actuelle, marquée par l’absence de leadership clair et la montée des tensions entre les différentes factions, laisse peu d’espoir d’une résolution rapide. Le peuple, quant à lui, continue de lutter pour survivre au jour le jour, se souvenant, avec amertume, que l’Haïti de Dessalines était censée être bien différente de celle d’aujourd’hui.
Le 17 octobre 2024, la commémoration de la mort de Jean-Jacques Dessalines résonne comme un rappel douloureux des promesses non tenues. Dans un pays en proie à une crise sans précédent, les idéaux de liberté, de justice et de souveraineté que portait Dessalines sont plus pertinents que jamais. Si la situation actuelle peut sembler éloignée de ses rêves, elle invite néanmoins à un retour aux principes fondateurs d’Haïti, dans l’espoir de retrouver cette nation indépendante et prospère pour laquelle il s’est battu.
Auteur: Rochenel Fortune
Email:Fo*************@***oo.fr




