Un fait troublant mis au jour par le dernier rapport du groupe d’experts de l’ONU sur Haïti : près d’un million de cartouches, initialement destinées à la Police nationale dominicaine (PND), ont été détournées de l’arsenal officiel en 2022. Selon les experts, la majeure partie de ce matériel aurait probablement traversé la frontière pour atterrir en Haïti, entre les mains des groupes armés.
Un détournement à grande échelle
L’affaire remonte à 2022, lorsque plusieurs cargaisons de munitions ont mystérieusement disparu des stocks de la PND. Une enquête interne menée en République dominicaine a révélé l’implication directe de plusieurs membres des forces de l’ordre, dont un colonel chargé de la gestion des munitions. Ces derniers auraient orchestré la vente illégale de centaines de milliers de cartouches sur le marché noir.
L’ampleur du détournement est vertigineuse : selon les chiffres cités dans le rapport de l’ONU, environ 900 000 cartouches auraient été perdues ou volées. Le document souligne qu’« il est probable que la majeure partie de ce matériel soit arrivée en Haïti », ce qui expliquerait en partie l’intensification des capacités de feu des gangs haïtiens ces derniers mois.
Haïti, destination finale
La frontière haïtiano-dominicaine, longue de plus de 380 kilomètres, est difficile à contrôler et largement poreuse. Les experts onusiens rapportent que les munitions passent généralement par des points de passage informels ou cachées dans des cargaisons de biens civils (vêtements, vivres, produits congelés), rendant les contrôles douaniers inefficaces.
Ces cargaisons illégales finissent souvent entre les mains de groupes armés qui sévissent dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Avec ces approvisionnements réguliers, les gangs renforcent leur emprise territoriale et leur capacité de confrontation, aussi bien contre la population que contre les forces de sécurité haïtiennes.
Une responsabilité partagée
Au-delà du simple constat, ce scandale soulève de sérieuses interrogations sur la responsabilité des autorités dominicaines. Le rapport de l’ONU pointe la faiblesse des mécanismes de contrôle interne et met en cause la corruption qui gangrène certains secteurs de la sécurité publique en République dominicaine.
Du côté haïtien, la prolifération des armes et des munitions continue d’alimenter un climat de violence extrême. Le détournement de ces cartouches n’est pas un incident isolé, mais bien un maillon d’un réseau plus large de trafic d’armes entre les deux pays.
Une menace pour la région
Les experts onusiens concluent que ce type de trafic ne représente pas seulement un danger pour Haïti, mais aussi pour la stabilité de toute la région. Tant que les flux d’armes et de munitions ne seront pas stoppés à la source, les efforts pour rétablir la paix et la sécurité resteront fragiles.
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