Dans un contexte de chaos généralisé en Haïti, la décision des Nations Unies d’inscrire officiellement le gang Viv Ansanm sur la liste des entités responsables de violations graves des droits des enfants marque un tournant aussi symbolique que tragique. Pour la première fois, une coalition criminelle haïtienne figure dans ce registre mondial de l’horreur, aux côtés des groupes armés les plus brutaux de la planète. Ce classement n’est pas un simple acte administratif : c’est un cri d’alarme, un appel à la conscience internationale face à l’ampleur des abus que subissent les enfants dans les zones sous contrôle des gangs.
Le gang Viv Ansanm, alliance redoutée d’une douzaine de groupes armés, règne sur une large partie de Port-au-Prince. Depuis plusieurs années, il s’est imposé comme l’un des acteurs les plus violents et les plus organisés du pays. Mais au-delà des affrontements armés et des enlèvements, c’est un autre fléau, plus insidieux et profondément déshumanisant, qui a poussé l’ONU à réagir : l’exploitation systématique des enfants.
Le rapport onusien publié en 2024 est accablant. Sur plus de 2 200 violations graves recensées contre des enfants en Haïti, 411 ont été directement attribuées au gang Viv Ansanm. Derrière ces chiffres se cachent des réalités insoutenables : des enfants recrutés de force, formés pour tuer ou pour espionner, utilisés comme boucliers humains, ou réduits à des fonctions domestiques humiliantes au sein des bastions criminels. D’autres, encore plus vulnérables, ont été victimes de violences sexuelles, dans une spirale de terreur qui anéantit à jamais leur innocence.
Les filles, en particulier, paient un lourd tribut. Sur les 566 cas de violences sexuelles recensés, 523 concernent des fillettes. Certaines ont été enlevées sur le chemin de l’école, d’autres arrachées à leur foyer lors de raids sanglants. Une fois dans les mains des gangs, elles sont utilisées comme esclaves sexuelles ou “femmes de guerre”, sans espoir de retour à une vie normale. Ces pratiques barbares se déroulent dans l’impunité la plus totale, au vu et au su de tous.
À travers ce classement, l’ONU cherche à briser le silence, à mettre un nom sur les responsables et à alerter sur l’effondrement moral d’un pays où l’enfance est désormais en danger de mort. En Haïti, être un enfant, c’est risquer chaque jour d’être enrôlé, violé, assassiné, ou d’assister impuissant à la destruction de son école ou de son quartier.
L’inclusion de Viv Ansanm dans cette liste vise aussi à mobiliser la communauté internationale. Il ne s’agit plus simplement de sanctions ou de dénonciations : il faut désormais agir. Ce classement renforce les appels en faveur d’une mission internationale robuste pour désarmer les gangs et sécuriser les zones urbaines. Il appelle également à la mise en place urgente de mécanismes de protection, de réinsertion et de soutien psychologique pour ces enfants brisés trop tôt par la guerre.
Plus qu’un groupe armé, Viv Ansanm incarne aujourd’hui un système de terreur qui dévore l’avenir du pays. Le fait que l’ONU le reconnaisse officiellement comme un bourreau d’enfants est une étape nécessaire. Mais tant que les armes parleront plus fort que la loi, tant que l’impunité règnera dans les rues de Port-au-Prince, cette inscription restera un geste insuffisant. La véritable victoire sera de voir les enfants haïtiens retourner à l’école en sécurité, libres, protégés – et non plus prisonniers d’un cauchemar imposé par des adultes sans foi ni loi.
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